Concertation sur le tunnel: infos pratiques et intox/désintox

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democratie

Le projet « Liaisons Ouest du Lac d’Annecy » (LOLA) de tunnel  routier sous le Semnoz associé à un bus dit « à haut niveau de service » (BHNS) fait l’objet d’une concertation publique du 17 octobre au 31 décembre 2018.

Les modalités et le calendrier de cette concertation sont détaillés sur le site : https://liaisonsouest-lacannecy.fr. (Vous trouverez aussi les dates et les lieux de concertation dans l’encadré à la fin de l’article.)

Cependant, l’information que l’on peut trouver dans le « dossier de concertation » est partielle et partiale, voire biaisée et trompeuse, ne permettant pas aux citoyens de se faire un avis objectif.

Pour vous en faire une idée, nous vous invitons à lire attentivement notre décryptage :

INTOX / DESINTOX

Pour évaluer l’impact de ce projet sur les embouteillages, la pollution – et donc la santé publique – et les émissions de gaz à effet de serre, les données essentielles et primordiales sont :

  • Le « report modal » vers le nouveau bus (dit « BHNS »), c’est-à-dire le pourcentage de diminution du trafic routier que provoquerait le BHNS, grâce aux usagers de la route qui opteraient alors pour ce bus à la place de la voiture.
  • Le « trafic induit » par le tunnel, c’est-à-dire le pourcentage de trafic supplémentaire (ou en moins) que provoquerait le tunnel par rapport à une situation sans tunnel.

Or, que peut-on lire dans le dossier de concertation ?

1/ Le report modal vers le BHNS :

On peut lire à la page « Le report modal » (p92) :

« Le report modal obtenu correspond à une réduction du trafic sur la RD1508 de 50 à 70 véhicules par heure et par sens de circulation. Le projet permettrait une hausse de la fréquentation des transports en commun en rive Ouest d’environ 25 % par rapport à la situation sans projet. »

Le report modal est ainsi donné en termes de nombre de véhicules, et le seul pourcentage fourni (et écrit en gras) est « 25% ». Or, ce pourcentage n’est pas lié au report modal mais à la fréquentation du bus.

Cette façon de présenter les choses est pour le moins partielle voire trompeuse, puisque le véritable pourcentage de report modal n’apparait ni dans cette page ni dans aucune autre du dossier de concertation. Pour le trouver, il faut se plonger dans l’étude très technique intitulée « Etude de trafic : modélisation statique » (BG Ingénieurs Conseils SAS). En page 59, on y apprend que LE BHNS PROVOQUERAIT UN REPORT MODAL COMPRIS ENTRE 0,5% ET 0,9% SEULEMENT (en heures de pointe).

Ce report modal quasiment insignifiant montre que ce BHNS ne sert pratiquement à rien en termes de réduction des embouteillages, de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre.

Des solutions de transport en commun avec report modal significatif existent pourtant. Par exemple, selon une autre étude (TTK, 2012), un tramway pourrait provoquer un report modal de 25% !

2/ Le trafic induit par le tunnel :

On peut lire à la page « Évolution du trafic journalier en 2030 : situation avec projet » (p87) :

« L’amélioration très nette des conditions de circulation sur la rive Ouest du lac entraine un report de trafic de la RD909a sur la RD1508 jusqu’à Sevrier. Ainsi le trafic augmente entre Doussard et Sevrier. Le trafic diminue presque de moitié sur la RD1508 en traversée des Marquisats ainsi que sur l’avenue du Tresum (baisse de 30 %). »

Là aussi, on peut constater que les informations en pourcentages, les plus parlantes, ne sont données que là où elles sont favorables au projet, c’est-à-dire pour les secteurs où le trafic baisserait. On peut observer le même curieux phénomène sur les deux pages suivantes consacrées aux « effets du projet sur le trafic routier en 2030 » en heures de pointe.

Faisons donc nous-mêmes le calcul à partir des données de trafic fournis sur les cartes des pages 86 et 87 : LE TUNNEL PROVOQUERAIT UNE AUGMENTATION DE TRAFIC JOURNALIER DE 36% ENTRE SEVRIER ET ST-JORIOZ ET DE 44% ENTRE ST-JORIOZ ET DOUSSARD, augmentant ainsi les embouteillages et la pollution sur pratiquement toute la rive ouest du lac.

Pire encore : concernant le pourcentage de trafic induit en heure de pointe, il est impossible de calculer cette information à partir de ce qu’il y a dans le dossier de concertation. Là encore, il faut fouiller dans l’ardue « étude de trafic : modélisation statique » (pages 65-66 et 74-75). On peut alors calculer par exemple que le trafic augmenterait de 62% en heure de pointe du matin entre St-Jorioz et Sevrier, et constater que le tunnel, loin de fluidifier la rive ouest, déplacerait la congestion en heures de pointe du tronçon Annecy/Sevrier vers le tronçon Sevrier/St-Jorioz.

L’étude de trafic nous apprend aussi (page 88) que le tunnel serait saturé 137 jours par an dès 2030, ce qui augure mal du trafic entre Annecy et Sevrier par le lac (RD1508) dès les années 2030.

Enfin, on peut certainement s’attendre aussi à une forte augmentation de trafic et de la pollution associée  du côté de Vovray (sortie nord du tunnel) et de ses approches, bien que malheureusement aucune information de trafic ne soit donnée sur ce secteur.

3/ Les conséquences sur les émissions de polluants et donc sur la santé :

On peut lire à la page « Le projet de liaisons Ouest du lac d’Annecy sans impact sur la qualité de l’air globale » (p95) :

« Il y aurait une augmentation des émissions [de polluants] à proximité immédiate de certains tronçons de la RD1508 par rapport à la situation sans projet. Une attention particulière sera notamment portée aux émissions de polluants aux extrémités du tunnel. »

Certains tronçons ? Aux extrémités du tunnel ? Il serait plus raisonnable et juste de dire qu’une attention particulière devrait être portée sur pratiquement toute la rive ouest du lac, puisqu’encore une fois les augmentations de trafic prévues entre Sevrier et Doussard vont de 36% à 44%.

Ceci est confirmé par l’étude ATMO, où l’on peut lire (pages 35 et 36) que concernant la pollution aux oxydes d’azote (NOx), « les communes bordant le tunnel voient leurs émissions augmenter sensiblement, avec une hausse de plus de 46% pour la commune de Saint-Jorioz », et que concernant la pollution aux particules fines cancérigènes PM10 : « on note une hausse plus importante des émissions liées au trafic sur les communes traversées par le nouvel aménagement (+54% à Saint-Jorioz), ainsi que les communes du sud de l’agglomération. »

La santé des habitants de la rive ouest depuis Sevrier (aux abords et au sud du tunnel) jusqu’à Doussard est donc bien menacée par le projet.

4/ Les conséquences sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) et donc sur le climat :

Nous sommes consternés par l’absence totale de la moindre allusion à l’impact climatique du projet (sauf pour signaler que la réduction des émissions de GES avec des bus hybrides ou électriques se ferait « dans une moindre mesure » en situation sans projet qu’en situation avec projet).

En ce temps d’urgence climatique et quand on sait que le secteur des transports est le plus émetteur de GES en France, comment peut-on demander son avis à la population sur un projet routier de cette envergure sans lui donner la moindre information sur son impact climatique, et sur sa compatibilité avec les engagements français (division par 4 des émissions de GES d’ici 2050), européens (diminution de 40% de ces émissions d’ici 2030) et internationaux (COP21) de réduction des émissions de GES ?

5/ L’alternative tramway :

On peut lire à la page « Des solutions non retenues à ce jour dans le cadre du projet soumis à la concertation » (page 40) que l’équilibre économique d’un tramway ne serait pas assuré, en se basant sur « le potentiel affiché de passagers pour le BHNS Annecy-Faverges ». Or, on ne peut pas se baser sur le potentiel d’un bus pour définir l’équilibre économique d’un tramway, puisque leurs attractivités respectives n’ont rien à voir : rappelons que le report modal prévu vers le BHNS est compris entre 0,5% et 0,9%, alors que celui d’un tramway pourrait atteindre 25% !

On peut lire aussi que l’idée d’un tramway a été écartée par « la volonté de ne pas empiéter sur la voie verte actuelle qui représente un atout touristique majeur mais également une voie dédiée à des modes actifs qui se développent, notamment le vélo pour des trajets domicile-travail. » Rappelons simplement qu’il y a au niveau de la voie verte une emprise suffisante pour faire cohabiter tram et vélos, et que les touristes et les travailleurs ne seraient sans doute pas fâchés d’avoir ainsi le choix entre ces deux modes de déplacement.

Désormais munis d’une information solide et alternative à l’information officielle, vous pouvez venir nombreux vous exprimer lors de cette concertation, sur ce projet qui coûterait entre 300 et 350 millions d’euros aux frais du contribuable.

Les dates et lieux de la concertation

  • PDU et LOLA : Mercredi 17 octobre à 19h – salle « Eugène Verdun » à Annecy
  • LOLA : jeudi 8 novembre à 19 h  -« salle Polyvalente » à  Faverges
  • PDU : Mardi 13 novembre à 19h – salle « Plaimpalais » à Alby-sur-Chéran
  • PDU : Mercredi 14 novembre à 19h – salle « Aravis » à Epagny Metz-Tessy
  • PDU et LOLA : Lundi 19 novembre à 19h – « complexe d’animation » à Sevrier
  • PDU : Mercredi 21 novembre à 19h – salle « Eaux et Forêts » à Annecy
  • PDU : Jeudi 22 novembre à 19h – salle « Tom Morel » à Fillière
  • PDU et LOLA :  Jeudi 13 décembre à 19h – salle polyvalente « La Veyrière » à Veyrier-du-Lac

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