Réchauffement climatique et projets liés aux transports dans le bassin annécien

Publié le Mis à jour le

Par Bruno d’Halluin – Les Amis de la Terre 74.  

Article issu du courrier envoyé par le collectif du Grenelle aux élus du bassin annécien le 20 novembre 2015. A télécharger ici

Inondation_lac_du_Bourget_(1990)
Inondation au Lac du Bourget

Suite la Conférence sur le Climat à Paris (COP21), nous voudrions attirer votre attention, et tenter de vous convaincre si besoin, sur le fait que les projets routiers à l’instar de celui de tunnel sous le Semnoz (couplé ici à un bus abusivement dit « à haut niveau de service ») sont des projets qui aggraveraient, outre la congestion du trafic, le réchauffement climatique et qu’a contrario, des modes de transport suffisamment attractifs de type Transport en Commun en Site Propre (TCSP) guidés seraient efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique et répondre aux besoins de mobilité.
Sans développer les conséquences catastrophiques du réchauffement climatiques annoncées par la communauté internationales des scientifiques si nous ne faisons rien pour lutter contre lui, largement documentées par ailleurs, nous voulons ici mettre en évidence trois points :

  • L’année 2015 a été la plus chaude jamais observée (source : OMM – Organisation Météorologique Mondiale / ONU). En Haute – Savoie, l’épaisseur de glace de la Mer de Glace a diminué de 3,60m entre 2014 et 2015.
  • Les répercussions du changement climatique vont causer un nombre de victimes supplémentaires dans le monde estimé à 250.000 par an à partir de 2030 (source : OMS –Organisation Mondiale de la Santé). Il faut s’attendre à ce que des dizaines voire des centaines de millions de réfugiés climatiques (selon les estimations) prennent la route ou la mer d’ici à 2050.
  • Lors du dernier maximum glaciaire il y a 21.000 ans, un glacier de plusieurs centaines de mètres d’épaisseur recouvrait Annecy et la cluse du Lac jusqu’au Mont Veyrier. La différence de température globale sur terre entre ce maximum glaciaire et la période actuelle est de 4 à 5 degrés (source : CNRS).

Or, si aucun effort supplémentaire d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) n’est déployé, l’augmentation de température moyenne à la surface du globe sera de 3,7 à 4,8 degrés en 2100 par rapport aux niveaux préindustriels (source : rapport du GIEC 2014). A chacun de nous d’en tirer des conclusions sur les gigantesques bouleversements que pourrait provoquer notre inaction collective. Dans nos montagnes, Météo France prévoit une diminution de 50 à 80% de la durée annuelle d’enneigement des massifs français (jusque 2.500m) d’ici la fin du siècle.
Pour éviter cette situation et limiter le réchauffement climatique à 2 degrés à la fin du siècle, limite au-delà de laquelle le réchauffement aurait des conséquences incontrôlables et des risques d’emballement, il faut des actions immédiates et l’Europe s’est engagée à une réduction de ses émissions de GES de 40% d’ici 2030.

le tunnel sous le Semnoz provoquerait donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 26% (ou 40% en 2030)

Toute nouvelle voie routière génère un trafic induit et donc des émissions de GES supplémentaires. Pour ne citer que cet exemple, le tunnel sous le Semnoz et sa nouvelle voie urbaine (NVU) de raccordement génèrerait, à population identique, un trafic supplémentaire estimé à 26% (source : Etude SYSTRA de 2013 commandée par le CD et la C2A), chiffre amplifié par la croissance démographique prévue pour 2030 par le SCoT (soit + 40% au global par rapport à aujourd’hui). Outre les effets négatifs sur les embouteillages et la santé, le tunnel sous le Semnoz provoquerait donc une augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’au moins 26% (ou 40% en 2030) pour le transport routier en rive Ouest du lac (avec un report de trafic important en rive Est) par rapport à une situation sans tunnel et NVU. Ceci en plein Territoire à Energie Positive (TEPOS) et en plein périmètre de la Convention alpine.

Pour réduire les émissions de GES liées au transport, il faut privilégier les transports collectifs réellement attractifs ainsi que leur intermodalité avec les autres modes de transport ou de déplacement comme le vélo. Par exemple, un TCSP guidé sur la rive gauche du lac aurait un impact climatique largement positif (source : étude TTK de 2012 commandée par la C2A).

Aujourd’hui, la plupart des villes font leur mutation écologique. De nombreuses agglomérations d’une taille comparable à celle d’Annecy se sont dotées d’un tramway. De nombreuses solutions de vrai TCSP existent et ont été proposées par les élus et les associations de la région annécienne comme celles du rail ou du câble (tramway, tram-train, PRT, câble urbain…)… Alors pourquoi en Haute-Savoie, et de manière totalement atypique, les élus favorisent-ils encore et toujours le tout-automobile ? Selon une étude publiée par le ministère de l’Ecologie, « le bassin annécien souffre d’une offre en transports alternatifs [à la voiture] très insuffisante » ; le déficit en matière de transport collectif est remarqué par de nombreux urbanistes depuis des dizaines d’années.
Les effets du réchauffement climatique se font déjà sentir et notre inaction pourrait le rendre dramatique, et cela non pas pour nos arrière-petits-enfants ou petits-enfants, mais pour nos enfants, les enfants du XXIe siècle. Les scientifiques, aujourd’hui quasi-unanimement d’accord, nous ont prévenus. Les efforts individuels des citoyens ne peuvent pas tout, et nous attendons de nos élus qu’ils prennent les décisions qui s’imposent pour empêcher cela.

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