climat

Canons à neige SUR le Semnoz et tunnel SOUS le Semnoz

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Bruno d’Halluin :  Les Amis de la Terre 74 . Article initialement paru sur http://amisdelaterre74.org/canons-a-neige-sur-le-semnoz-et-tunnel-sous-le-semnoz.html

Le Syndicat intercommunal d’étude pour la protection et l’aménagement du Semnoz (Sipas) a voté ce 14 mars 2018 un budget pour équiper la station de ski de canons à neige. Or, les mêmes élus ont voté en 2016 une convention de financement pour des projets routiers dans le bassin annécien, dont le principal est le percement d’un tunnel sous le Semnoz.
N’est-on pas là devant une nouvelle variante du pompier pyromane ?arton885-167bb

Selon la dernière étude commandée par le département et l’agglomération, à savoir l’étude BG (1), le tunnel sous le Semnoz génèrerait à l’horizon 2030 sur la rive ouest du lac d’Annecy 48% de trafic supplémentaire par rapport à une situation sans tunnel (en heure de pointe du matin et en prenant la moyenne des hypothèses et des tronçons entre Duingt et Sevrier (2)). Ce trafic induit amènerait donc une forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES), en totale contradiction avec les objectifs français et européens sur le climat.

Selon le projet SCAMPEI (2011) coordonné par Météo-France : « Le principal résultat [du projet] est la diminution forte dès le milieu du 21ème siècle de la durée d’enneigement de tous les massifs […] jusqu’à une altitude de 2500 m. A la fin du siècle la durée annuelle d’enneigement est réduite de 80% dans les scénarios les plus pessimistes, 50% dans les scénarios optimistes. Ce résultat est robuste […]« 

Selon le rapport de la Cour des comptes de février 2018 (3) : « Entre 1880 et 2012, les températures moyennes dans les Alpes ont augmenté de plus de 2°C. Cette tendance s’accélère et se renforce. Elle annonce, d’ici la seconde moitié du siècle, une modification sensible des conditions d’enneigement et l’élévation concomitante de l’altitude permettant la viabilité de l’exploitation des domaines skiables.« 

Plus loin : « L’objectif de préservation d’un enneigement suffisant conduit à recourir à des expédients coûteux qui seront difficilement soutenables : aménagement de nouveaux espaces skiables, déplacement en altitude, remodelage des pistes, apports de neige artificielle. […] La production de neige nécessite cependant des températures suffisamment basses, désormais moins fréquentes en début et en fin de saison, mais aussi une ressource en eau dont la production, le stockage et le transport incombent souvent aux collectivités publiques. […] Qu’il s’agisse de dispositifs d’enneigement ou de retenues collinaires nécessaires à leur fonctionnement, ces investissements impliquent des financements importants engageant les collectivités sur le long terme alors que l’aléa climatique s’accroît.« 

Enfin : « Outre une contribution nécessaire aux préoccupations environnementales, le tourisme en montagne doit rechercher une diversification prudente de l’offre d’activité et préparer la reconversion des sites les plus menacés.« 

Pour faire face à la menace du réchauffement climatique, et plutôt que de remettre en cause les projets qui l’aggraveraient, des élus ont donc décidé d’équiper la station du Semnoz de canons à neige. Mais on sait que rapidement, ces premiers « enneigeurs » ne suffiront pas, puisque le climat continue de se réchauffer : les trois dernières années 2015-2016-2017 sont les trois plus chaudes jamais observées. On peut penser que la tendance n’est pas prête de s’inverser puisque l’on continue à lancer des projets du type tunnel sous le Semnoz, qui participent à réchauffer notre planète en général et notre Semnoz en particulier.

Alors si l’on veut à tout prix à la fois avoir une station du Semnoz enneigée et émettre toujours plus de GES, il va probablement falloir équiper peu à peu tout le domaine skiable, puis finalement abandonner la partie et laisser rouiller les canons par manque de froid pour les faire fonctionner.

(1) Etude BG (2015) : étude « Projet de mobilité ouest : tunnel sous le Semnoz / BHNS 1508 / NVU » réalisée par le Groupement BG Ingénieurs Conseils et commandée par le CD74 et la C2A.
(2) Vous pouvez trouver le détail de ce calcul en annexe de l’article http://amisdelaterre74.org/tunnel-sous-le-semnoz-un-projet-climaticide-841.html.
(3) Référence : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2018-01/14-stations-ski-Alpes-nord-face-rechauffement-climatique-Tome-2.pdf

Tunnel sous le Semnoz : un projet climaticide

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Bruno d’Halluin :  Les Amis de la Terre 74

Grenelle Tunnel Climaticide
L’ours polaire est devenu le symbole du réchauffement climatique

Au mois de novembre dernier, 15.000 scientifiques du monde entier ont lancé un appel pour que l’on réduise rapidement nos émissions de gaz à effet de serre (GES), afin d’éviter « une souffrance généralisée ».

Au mois de décembre, le Président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré à l’occasion du One Planet Summit à Paris sur le réchauffement climatique : « On est en train de perdre la bataille. Ceux qui étaient avant nous avaient une chance : ils pouvaient dire « on ne savait pas ». Depuis une vingtaine d’années, on sait. »

Le 18 janvier, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) a confirmé que 2017 est la deuxième année la plus chaude depuis le début des relevés météorologiques au XIXe siècle. En outre :

  • 2017 est l’année la plus chaude hors El Niño (phénomène cyclique qui réchauffe le climat)
  • Dix-sept des dix-huit années les plus chaudes appartiennent au XXIe siècle
  • 2015, 2016 et 2017 sont les trois années les plus chaudes depuis le début des relevés, ce qui fait dire à l’OMM : « le rythme du réchauffement constaté ces trois dernières années est exceptionnel.»

Tout aussi effrayant est le manque de réaction de l’humanité en général et de nos élus locaux en particulier. En effet, de nombreux projets routiers sont prévus dans l’agglomération annécienne et ne pourront que favoriser le trafic routier et donc générer des émissions de gaz à effet de serre (GES) supplémentaires.

Dans le cas du tunnel sous le Semnoz, la dernière étude commandée par le département et l’agglomération, à savoir l’étude BG[1], le confirme. Pour ne citer qu’un seul chiffre, cette étude montre qu’à l’horizon 2030 et en heure de pointe du matin, en prenant la moyenne des hypothèses et des tronçons entre Duingt et Sevrier, le tunnel génèrerait, par rapport à une situation sans tunnel, 48% de trafic supplémentaire (vous pouvez trouver le détail de ce calcul en annexe). Ce trafic induit amènerait autant d’émissions de GES supplémentaires, en totale contradiction avec les objectifs français et européens sur le climat. L’Union Européenne s’est fixée pour objectif à l’horizon 2030, non pas d’augmenter ses émissions de GES de 48%, mais de les baisser de 40% : énorme hiatus.

Le tunnel sous le Semnoz est donc clairement un projet climaticide, d’un autre temps (car comme dit le Président, aujourd’hui « on sait »), et si l’on voulait être bien certain de « perdre la bataille » on ne s’y prendrait pas autrement qu’en réalisant ce genre de projets. Or, des alternatives existent. Pour le cas de la rive gauche du lac : un transport en commun véritablement attractif et donc pour le moins en site propre intégral.

En 2015, quarante associations du département, parmi lesquelles celles du collectif pour un « Grenelle des transports et de la qualité de l’air du bassin annécien », ont demandé un moratoire sur les projets routiers en Haute-Savoie, sans être entendus jusqu’ici.

Nous demandons une fois encore et avec force la suspension de ce projet de tunnel et de tout autre projet routier climaticide, et qu’une évaluation sérieuse de leur impact climatique soit réalisée, afin de laisser une chance à la planète et aux enfants de nos cours d’école, puisque ce sont bien eux qui seront en première ligne.

Annexe

Les chiffres de l’étude BG : « Projet de mobilité ouest : tunnel sous le Semnoz / BHNS 1508 / NVU »

1/ Les hypothèses

  • Hypothèse basse: trafic stabilisé malgré la hausse de population et d’emploi
  • Hypothèse haute: croissance du trafic liée à la croissance démographique (+13% entre 2015 et 2030)

2/ Les « situations »

  • Situation 1, dite « actuelle » (2015). Donc équivalente à une prévision 2030 sans tunnel ni BHNS hypothèse basse
  • Situation 2, dite « de référence »: prévision 2030 sans tunnel ni BHNS hypothèse haute
  • Situation 3, dite « de projet global hypothèse basse »: prévision 2030 avec tunnel et BHNS hypothèse basse
  • Situation 4, dite « de projet global hypothèse haute »: prévision 2030 avec tunnel et BHNS hypothèse haute

3/ Les prévisions de trafic

  • En heure de pointe du matin
  • Tronçon Duingt-Sevrier
  • Dans le sens Faverges-Annecy
  • Prévision pour 2030
  • Comparaison avec ou sans tunnel+BNHS
  Hypothèse basse Hypothèse haute
  Situation 1

(sans tunnel)

Situation 3

(avec tunnel)

Trafic induit Situation 2

(sans tunnel)

Situation 4

(avec tunnel)

Trafic induit
St Jorioz – Sevrier 740 980 +32% 830 1190 +43%
Duingt – St Jorioz 430 670 +56% 440 770 +75%

Moyenne générale (pondérée) trafic induit:  +48%  (1190+770+980+670 / 830+440+740+430)

Par ailleurs, les chiffres montrent qu’avec le tunnel+BHNS, la saturation actuelle constatée sur la RD1508 entre Sevrier et Annecy (1040 véhicules/heure en heure de pointe du matin), censée être éliminée de la rive gauche, serait en fait déplacée entre St Jorioz et Sevrier, et probablement amplifiée (980 à 1190 véhicules/heure selon les deux hypothèses).

[1] Etude BG (2015) : étude « Projet de mobilité ouest : tunnel sous le Semnoz / BHNS 1508 / NVU » réalisée par le Groupement BG Ingénieurs Conseils et commandée par le CD74 et la C2A.

Annecy la Venise des Alpes

Vidéo Publié le Mis à jour le

Vidéo réalisée par Lac Pur Air Pur

L’EAU, L’AIR, LA TERRE.

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Olivier Labasse : Annecy Lac Environnement

 1957- 2017 : bon anniversaire ?

 Les trois milieux naturels fondamentaux, indispensables au développement de nos existences, sont réunis dans notre bassin de vie, celui du lac d’Annecy dont la vocation première est d’être le rassurant réservoir d’eau potable d’une collectivité de 200 000 habitants en expansion.

2016-12-16 Le Sud du lac d'AnnecySauvegardé grâce à quelques visionnaires dès les années 1950, à leurs recherches novatrices, leurs campagnes de sensibilisation et d’information, leur ténacité inlassable pendant près de 20 ans pour convaincre les élus et les hôteliers riverains. Sauvé de l’agonie de l’eutrophisation de ses eaux et de la mort silencieuse par les travaux de grande envergure, politiquement courageux, entrepris de 1962 à 1976 avec le soutien d’un Maire clairvoyant : stations d’épuration, collecteurs d’égouts sur ses rives, stations de relèvements.

Notre lac est petit : 27km2 de superficie (près de 2 fois moins que le Lac du Bourget et 20 fois moins que le Léman) pour un périmètre de 32km  avec un volume d’eau modeste pour un lac (1,1 km3, trois fois moins que son voisin savoyard) : il est exposé et vulnérable, d’autant que le renouvellement de ses eaux est lent.

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Particules Fines pm 2,5 : Annecy toujours en haut du classement en 2016 !

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POLLUTION ET SANTÉ DANS L’AGGLOMERATION ANNECIENNE

Par Bruno d’Halluin – Les Amis de la Terre 74

Le classement d’Annecy comme 2e ville la plus polluée de France par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a été relativisé, voire nié, par une partie des élus locaux. Pourtant, la très mauvaise place de notre ville aux niveaux tant Rhône-alpin que national est indiscutable lorsqu’on se penche de plus près sur les chiffres. L’Institut de Veille Sanitaire (InVS) confirme que cette pollution a des répercussions directes sur la santé et l’espérance de vie des habitants. Les médecins locaux nous en alertent de plus en plus fréquemment.

1/ Classement d’Annecy parmi les villes les plus polluées

pm-2-5-annecy-moyenne-sur-7-ansL’OMS a donc classé Annecy 2e ville la plus polluée de France. Ce classement, publié en 2014, se base sur le taux de particules fines de diamètre inférieur à 2,5 μm, dites PM2,5. Il s’appuie sur les données recueillies en 2011, ce qui a conduit certains élus à remettre en cause le classement car c’est une année où
les résultats d’Annecy ont été particulièrement mauvais. Pour autant, une étude approfondie des données disponibles fournies par Air Rhône-Alpes montre qu’Annecy est la ville la plus polluée en Rhône-Alpes en PM2,5 (les plus dangereuses car elles pénètrent les alvéoles pulmonaires), non seulement en 2011 mais aussi sur la moyenne 2009-2016, ainsi que sur les dernières années (2014, 2015 et 2016).

pm-2-5-moyenne-2016Par ailleurs, une étude publiée sur le site du Ministère de l’Ecologie, indique pour les 60
agglomérations françaises de plus de 100.000 habitants et pour la période 2009-2011, le nombre de jours par an où l’indice ATMO est supérieur ou égal à 6. Cet indice fournit une information synthétique sur la qualité de l’air et est basé sur les concentrations dans l’air de quatre polluants : dioxyde de soufre (SO2), dioxyde d’azote (NO2), ozone (O3) et particules fines de diamètre inférieur à 10 μm (PM10).Bien que cette étude se base sur une période plus large et surtout sur des critères différents de celle de l’OMS, Annecy y reste classée parmi les villes les plus polluées de France, à la 8e place sur 60.L’InVS nous apprend que les transports et le résidentiel sont les principales sources de pollution aux particules fines dans l’agglomération annécienne, devant l’industrie. Air Rhône- Alpes indique que 70% des NOx incombe aux transports.

2/ Effets de la pollution sur la santé dans l’agglomération annécienne

L’Institut de Veille Sanitaire (InVS) a évalué l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique urbaine dans l’agglomération d’Annecy sur la période 2009-2011. Elle montre que les habitants de l’agglomération annécienne perdent 11 mois d’espérance de vie par rapport à une ville qui respecterait la valeur-guide de l’OMS pour les particules fines cancérigènes PM2,5. Soixante-dix décès par an sont attribués à cette pollution.

Il convient de distinguer deux types d’impact de l’exposition à la pollution atmosphérique sur la santé :

les impacts à court terme (quelques jours) sont à l’origine de troubles tels que : irritations oculaires ou des voies respiratoires, crises d’asthme, exacerbation de troubles cardio-vasculaires et respiratoires pouvant conduire à une hospitalisation, et dans les cas les plus graves au décès ;

les impacts à long terme (1 à 10 ans) peuvent être définis comme la contribution de l’exposition à la pollution atmosphérique au développement ou à l’aggravation de maladies chroniques telles que : cancers, pathologies cardiovasculaires et respiratoires, troubles neurologiques, troubles du développement, etc.

Respirer l’air du bassin annécien serait donc mortel et les transports routiers en sont co-responsables. Où est passé « l’oxygène à la source ? ».